Interview André Chapuis 3 juillet 2006

André Chapuis, comment êtes vous venu à la vannerie ?

Antérieurement, j’exerçais la profession d’éducateur spécialisé auprès d’adolescents délinquants. J'ai ressenti le besoin d’exercer une activité manuelle en parallèle pour prendre de la distance par rapport à mon métier. J’ai eu le souvenir à cette époque là de mon enfance où, avec mes cousins, nous tressions le jonc et l’osier en s’amusant, pendant que mes oncles et mon grand-père faisaient de la vannerie. Ceux-ci étaient paysans et faisaient de la vannerie |’hiver avec les osiers qui poussaient au bout des rangs de vigne. Les brins les plus fins servaient à lier la vigne et les gros bois servaient à tresser des corbeilles. J’ai pris la décision de contacter des paysans près de chez moi qui pratiquaient encore cette activité. J’ai donc commencé en travaillant les techniques rurales de vannerie avec du châtaignier et du noisetier. J’ai ensuite appris avec d’autres le travail de l’osier. Comme c’était une activité qui m'intéressait beaucoup, j’ai participé dans la cadre de la formation permanente à des stages à l’éco|e nationale de vannerie à Fayl-Billot. Puis au sein d’une association que nous avions fondé à Villette-sur-Ain en 1975, nous avons commencé à pratiquer la vannerie dès les années 1980 dans le cadre de l'association du Foyer rural des rives de l’Ain. Cette activité était un prétexte à des rencontres et des échanges. Avant les activités en milieu rural tel que l’épanouillage du mais était un moyen de se retrouver tous ensemble. Je suis venu habiter dans le pays de ma mère, en zone rurale, et j'ai eu Fimpression qu’on ne retrouvait plus cet échange entre les gens; et donc il me semblait que des activités autour de la vannerie et également autour du four à pain pouvaient être l’occasion pour les gens de se rencontrer à nouveau, de se parler, et par delà l’activité, puissent échanger et se sentir moins seul pour affronter les rigueurs de la vie. Nous avons construit un four à pain, œ qui a mobilisé beaucoup de monde puisque nous avons démonté plusieurs fours pour en remonter un qui fonctionne toujours à I’heure d’aujourd’hui. Cette activité a démarré en 1984, et depuis, nous organisons des séances mensuelles d’initiation à la fabrication du pain. Côté vannerie, nous avons débuté en 1980 avec du châtaignier et du noisetier. Cela permettait aux gens de venir faire la récolte dans les bois environnants et d’apprendre à reconnaître les types de pousses à sélectionner, et dans un second temps de travailler pendant |’hiver le fruit de cette récolte au foyer rural. L’activité de vannerie d’osier s’est poursuivie avec l'intervention au départ de mon professeur de vannerie qui est venu encadrer des stages à Villette-sur-Ain. A la fin des années 80, j’ai diminué mon activité salarié et j’ai commencé à faire des expositions en me déclarant au titre d’activité annexe artistique du bois et de la vannerie. A cette même époque, j’ai commencé à donner des cours au Foyer rural.

La formation

Je n’ai eu de cesse à m’ouvrir à d’autres techniques. J’ai fait une sorte de tour de France pour apprendre entre autre le travail du châtaignier-noisetier dans le Var et le travail du Périgourdin. Je me suis également tourné vers l’étranger en découvrant les activités vannières des communautés amérindiennes du Québec, notamment le travail de la lamelle de frêne, de l'écorce de bouleau, etc... Je suis aussi allé en Allemagne découvrir le travail de la vannerie fine. J'ai fait appel à une spécialiste, Madame Hoffman, qui m'a enseigné cette technique. J'ai également invité un vannier catalan : Luis Gros à venir donner un cours sur les techniques très particulières de la vannerie catalane qui utilisent non seulement l'osier mais également la canne de roseau. J'ai également participé à un stage de formation dans le cadre de l'association internationale « Basket maker association » en Angleterre sur le travail de l'écorce de bouleau.

Il y a deux choses qui m'attirent dans la vanneries : tout d'abord la richesse des savoir-faire ancestraux et le plaisir de découvrir que chaque personne qui s'initie à cette activité peut rapidement progresser et donc se découvrir des compétences ignorées. Mais également tout l'aspect des rapports humains qui se créent les gens ne font pas que tresser l'osier, il y a aussi beaucoup d'échanges à partir de cet apprentissage. Nous avons même monté un projet de vannerie sur un thème nommé « lien et communication en milieu rural ». Autour d'activité comme la vannerie, des liens peuvent se créer et des dialogues peuvent s'établir dans un monde où les gens me paraissent de plus en plus individualistes. A partir de là, se nouent des amitiés et de la solidarité, et de mon point de vue, l'humanité s'en trouve grandit.

La transmission du savoir-faire

J'ai eu la chance d'exercer la profession d'éducateur spécialisé et de faire la formation de directeur à l'école de Rennes et j'ai eu l'occasion d'avoir à faire à des gens aux relations difficiles et parfois en très grande difficulté sur le plan social et moral. Ce métier m'a permis d'aborder plus facilement les gens dans le cadre de l'apprentissage de la vannerie. Il est intéressant d'avoir cette expérience dans le domaine de l'éducation spécialisée pour pouvoir être plus à même d'enseigner la vannerie, même à des gens qui n'ont pas toujours une relation harmonieuse avec autrui. J'ai été amené à encadrer des gens en stage de réinsertion pour un apprentissage de la vannerie et j'ai été comblé de voir que ces personnes ont su saisir cette occasion pour changer d'attitude. Ils ont vu qu'ils pouvaient réussir quelque chose rapidement de leurs mains, ce qui leur a redonné confiance en eux et a transformé leur vision de la vie.

Le collectionneur

En abordant les techniques de la vannerie fine, je me suis aperçu de tout le potentiel de l'histoire de la vannerie, et d'un savoir-faire oublié puisque aucune école en France n'enseigne les techniques de la vannerie fine qui se pratiquait dans la région de Thiérache, dans le nord de la France, à la frontière Belge. Ces techniques demandent beaucoup de savoir-faire, et je trouvais dommage de voir disparaître, ou tout du moins négliger ces techniques qui sont assez anciennes en France. Elles ont connu leurs heures de gloire entre 1850 et 1950. L'idée de collectionner la vannerie, c'était aussi l'idée d'élargir mon champ de connaissance sur ces techniques qui sont immensément variées. Parallèlement j'ai aussi poursuivi mes recherches sur le plan bibliographique sur les vanneries du monde. Je collectionne la vannerie et j'essaye de la restaurer pour faire ressortir toute la richesse d'un patrimoine qui tombe dans l'oubli afin de le préserver en faisant en sorte que ce travail ancien, comme le travail de vannerie contemporain, puisse être reconnu à sa juste valeur.

La vannerie actuelle

Ces dernières années, il y a beaucoup de gens qui ont arrêté la vannerie car ils travaillaient pour les coopératives vannières et n'arrivaient plus à avoir un revenu en rapport avec le temps de travail qu'ils y consacraient. Par contre, ma propre expérience prouve que si l'on fait un travail varié, de qualité et mettant en valeur l'esthétique, on peut vendre son produit d'une manière correcte, et je pense que l'avenir de la vannerie se situe dans ce créneau. On le constate tous les jours en voyant de nouveaux vanniers qui s'installent et qui réussissent en faisant des objets classiques mais en se distinguant par un travail rigoureux et de qualité, ce qui fait la différence entre les produits venant des pays d'Asie ou d'Europe de l'Est qui n'exportent en France que des productions de qualité médiocre. D'autres sont des vanniers créateurs d’œuvres d'art. C'est un secteur à explorer, de même que l'utilisation de la vannerie dans la décoration du paysage avec de l'osier vivant. Ces différents biais peuvent permettre aux vanniers de vivre correctement de leur activité. Entre tradition et nouvelles créations, le maître mot reste toujours la qualité et le travail soigné. Une belle vannerie demande du temps, et comme on le sait, le temps c'est de l'argent.